Drôle d’histoire !

Minute rédigée par Frédérique Doucet

 C’est avec ce livre que j’ai découvert Jean Echenoz et j’avoue que la découverte fut plaisante. Vie de Gérard Fulmard est un roman court et atypique où l’humour tient une bonne place.

Deux narrateurs alternent selon les chapitres. Dans une sorte d’autobiographie dont il choisirait les extraits, Gérard Fulmard se raconte. Typique antihéros : petit, gros, chômeur, sa quête d’une activité lucrative le mènera à des aventures improbables. Il parle de lui avec humour et autodérision, s’autocritique sans complaisance, se met en scène à la fois comme héros et victime de son équipée.

Le second est un narrateur omniscient, traditionnel dans la littérature. Cependant, là encore Echenoz bouscule les règles. Là où la plupart des auteurs se contentent de dérouler le fil de leur histoire, lui s’immisce dans sa narration. Il commente ce qui arrive à son personnage ou ce qui aurait pu – et dû – lui arriver s’il avait écrit un livre de genre (roman policier ou histoire d’amour etc.). Il prend de la distance par rapport à son sujet et n’hésite pas à aller jusqu’à l’invraisemblance. Nous sommes dans la fiction, semble-t-il nous dire, et tout peut s’y produire.

Pourtant, son ouvrage se situe dans une rue bien réelle de Paris où se déroulèrent, sur plusieurs années, des faits divers bien réels eux aussi et connus du grand public. Ces derniers étant parfois aussi improbables et absurdes que la vie de Gérard Fulmard.

On a coutume de dire que la réalité dépasse certaines fois la fiction. Ne serait-ce pas l’objectif de Jean Echenoz que d’illustrer ce lieu commun ? Son style, simple et alerte, nous tient en haleine, nous fait sourire et nous amène à réfléchir sur la littérature, sur la réalité et la ressemblance souvent insoupçonnée qui peut les relier.

Jean Echenoz, Vie de Gérard Fulmard, Paris, éditions de Minuit, 2020.

 

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