Las Marimbas del infierno, Julio Hernández Cordón, 2010.

Minute rédigée par Sandra Gondouin

Las Marimbas del infierno est un film différent de ceux que nous avons l’habitude de voir, original par son thème, son rythme, son esthétique, mais aussi ses acteurs (non professionnels) ou les paysages urbains qu’il présente – María Secco, directrice de la photographie, fait ici un travail admirable, tout comme dans Gasolina, du même réalisateur. Si le réalisateur de ce film, Julio Hernández Cordón est né aux Etats Unis (en 1975), sa mère est guatémaltèque, son père mexicain, et le Guatemala est un pays qu’il connaît parfaitement. Son projet originel était celui d’un documentaire autour de la vie d’Alfonso Tunche, joueur de marimba qu’il avait rencontré lors du tournage de Gasolina, en 2008. Cet aspect documentaire apparaît en particulier dans la première scène du film, issue du travail initial de Julio Hernández Cordón. Néanmoins, devant les réticences du musicien à afficher sa vie et ses sentiments, Hernández Cordón lui a finalement proposé de prendre le tournant de la fiction. On pourrait donc parler d’une sorte de « docu-fiction ».

Sans trop en dire, précisons simplement que Las Marimbas del infierno retrace les aventures d’un joueur de marimba passionné par son instrument, mais qui se heurte à la difficulté de vivre de cette passion dans son pays. La marimba est un instrument inspiré du balafon africain et peut-être d’instruments précolombiens. S’étant fortement implantée au Guatemala à partir du 15e siècle (avec la colonisation), c’est aujourd’hui un instrument emblématique du folklore et de la tradition guatémaltèque. Cependant, la marimba est aujourd’hui perçue en Amérique centrale comme passée de mode, une sorte de symbole nationaliste et patriotique un peu « kitch ». Alfonso ne trouve donc plus à en vivre. Avec l’aide toujours un peu bancale de son filleul, « Chiquilín » (petit bonhomme), il tente alors une nouvelle aventure : intégrer sa marimba dans un groupe de Heavy metal. Là encore, la fiction rejoint le réel, car le groupe est mené par Blacko, musicien reconnu au Guatemala pour son passé de métalleux. Également médecin, Blacko a fondé en 1978 l’un des premiers groupes de Heavy Metal du pays, « Sangre humana », puis connu un grand succès avec le groupe « Guerreros del Metal ». Ainsi naissent Las marimbas del infierno, soit l’alliance de la carpe et du lapin, qui lance nos trois compères sur un chemin semé d’embûches, dans un Guatemala dont le passé douloureux et les profondes inégalités sociales se dessinent en toile de fond.

Le film permet ainsi de partager un moment de vie avec des personnages auxquels on s’attache à travers leurs silences, leurs failles et le sort adverse que la vie et la réalité guatémaltèque leur réservent. La composition minimaliste et très esthétique du film se base sur des plans fixes et joue sur le hors-champ, le non-dit, l’ellipse, une façon de mettre la violence à distance, à contre-courant des grandes productions hollywoodiennes qui privilégient l’action et le spectaculaire. Je suis entièrement d’accord avec Vincent Ostria, des Inrockutpibles, pour affirmer que ce film, qui est devenu un film culte au Guatemala, « tire son style génial de l’atonie de ses personnages ainsi que de leurs aventures, dont le leitmotiv est l’échec. […] Non seulement c’est désopilant, mais aussi émouvant »[1] .

     Las marimbas del infierno a reçu en 2010 le Prix du Public à Valdivia, le prix du meilleur film au festival de Morelia ainsi qu’une mention spéciale du jury à San Sebastián,  et le premier prix du Festival « Les rencontres du cinéma de l’Amérique Latine » à Toulouse en 2011. En outre, Victor Hugo Monterroso a gagné en 2010 le prix du meilleur acteur de l’année au festival centre-américain de cinéma Icaro. Des récompenses méritées, pour la poésie et la tendresse de ce film, pour l’immersion qu’il permet dans le Guatemala d’aujourd’hui, à travers ses décors, mais aussi le phrasé et l’humour de ses habitants. Voir Las marimbas del infierno, c’est véritablement plonger dans l’atmosphère de Ciudad de Guatemala et accompagner quelques-uns de ses habitants dans leur lutte pour survivre sans oublier leurs rêves.

 

Las Marimbas del infierno, Julio Hernández Cordón, 2010.

[1] http://www.allocine.fr/film/fichefilm-194417/critiques/presse/ (consulté le 17.06.19)

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