La guerre d’Algérie n’a pas eu lieu

Minute rédigée par Frédérique Doucet

Nous sommes en mars 1960 quand débute le roman de Brigitte Giraud : Un loup pour l’homme.

Antoine et Lila sont mariés et vont bientôt devenir parents. Mais voilà, Antoine comme les jeunes de sa génération, est appelé et va devoir effectuer son service militaire en Algérie. Du problème algérien le jeune homme, comme nombre de ses contemporains, ne sait rien. Les journaux français n’évoquent d’ailleurs que des « évènements ». Jamais le terme de conflit, encore moins celui de guerre, n’est employé. Il ne risque donc rien en partant mais, comme il répugne à tenir une arme, il demande à être affecté à une unité médicale en tant qu’infirmier. Accordé.

Après les classes faites en France, les secousses du voyage en bateau, c’est l’arrivée à Alger sous le soleil qui illumine les merveilleux paysages. C’est presque des vacances. Presque. Antoine est envoyé à Sidi-Bel-Abbès, à l’hôpital militaire. La violence des affrontements, c’est surtout à travers les autres qu’Antoine va la ressentir. Il n’avait pas songé, avant d’y être, que le métier d’infirmier vous met au cœur du conflit, vous en fait voir les conséquences sur les hommes et leur chair.

Antoine change à mesure que les évènements évoluent. Petit à petit l’atmosphère du pays se détériore. La peur gagne. Les différentes communautés qui, auparavant, se côtoyaient, souvent s’appréciaient et vivaient en bonne intelligence, commencent à se défier les unes des autres puis à se haïr. L’air ambiant est plus lourd à respirer. Attentats, tortures, crimes de part et d’autre rythment un quotidien désormais invivable. Pour les journaux, pour la télé naissante, ce n’est pas la guerre. Pour les appelés, les civils (pieds noirs et algériens), ça y ressemble pourtant fortement. Quand Antoine regagnera enfin la France, il ne sera plus le même. Comme beaucoup, il devra apprendre à vivre avec ces souvenirs.

C’est dans un style froid et détaché que la romancière lyonnaise d’origine pied noire raconte cette triste histoire. Elle met l’accent sur la désinformation qui régnait à l’époque, l’ignorance des enjeux politiques et sociaux et le traumatisme auquel ont été exposées les jeunes recrues leurrées par le mensonge officiel (il n’y a pas de guerre), le manque de renseignements sur le lieu où elles se rendaient et leur manque d’expérience.

Toute une génération en déroute. Pourquoi ?

Brigitte Giraud, Un loup pour l’homme, Paris, édition Flammarion, 2017

 

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