Eugène Sue : un grand classique à redécouvrir

Minute rédigée par Frédérique Doucet

SueAu risque de paraître démodée, j’affirme cependant que j’aime et admire Eugène Sue.

            Je ne le connais qu’à travers ses romans, mais sa personnalité y affleure à chaque page.

            Homme de cœur, sensible à la misère de ses contemporains, en particulier celle du peuple, il s’engage en politique, défend les plus faibles et surtout invente des solutions pour que leur situation évolue. Son ouvrage Les mystères de Paris est emblématique à cet égard. Il est par moment une tribune dans laquelle il expose le problème social qu’il dénonce et la solution qu’il envisage.

            Sa sensibilité extrême, son impressionnante connaissance de la psychologie, lui permettent d’analyser en détail les ressorts les plus noirs comme les plus vertueux de l’âme humaine, en particulier féminine. En effet, dans son roman Mathilde, la majeure partie de la narration est faite par le personnage éponyme qui se raconte. Eugène Sue y fait un habile portrait de l’époque (1830-1840) à travers l’atmosphère des salons, coteries et autres réceptions plus ou moins intimes du grand monde où le comportement de tous et de chacun est impitoyablement disséqué, jugé et condamné sans que l’intéressé puisse se justifier ou faire appel. L’auteur est aussi très conscient, et en cela très moderne, de l’inégalité qui existe entre les sexes. La femme, admirée ou décriée dans les salons, n’a aucun pouvoir social. Elle est dépendante d’un mari qui, comme celui de Mathilde, peut la ruiner, la tromper, la délaisser puis la reprendre à son gré sans qu’elle ait le droit de ne rien faire, les lois étant toujours du côté de l’homme quels que soient ses torts.

            Mais ce qui impressionne le plus dans ce roman de mœurs, c’est l’analyse d’un phénomène que nous appelons aujourd’hui perversion narcissique (je ne sais si le terme existait au XIXème siècle) : l’art de la manipulation pour détruire l’autre psychologiquement, physiquement et socialement. La description des moyens pour y parvenir fait froid dans le dos. Eugène Sue est d’une lucidité incroyable quand il explique, un à un, tous les ressorts mis en œuvre par ces personnages malfaisants pour arriver à leurs fins diaboliques.

            Enfin, avec Eugène Sue, il y a toujours une touche de complot et de mystère qui vient pimenter l’action et un sens inné de la narration. Ses romans fleuves se lisent d’une traite. On a envie d’arriver au bout et lorsqu’ on a terminé, on regrette que le livre soit fini !

            Si, vous aussi, vous êtes un lecteur passionné et que vous ne connaissez pas Eugène Sue, ne ratez pas l’occasion de vous plonger dans l’œuvre de cet étonnant écrivain humaniste.

Eugène Sue, Mathilde, Paris, Albin Michel, 1906.

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