Ailleurs le ciel est-il plus bleu ?

Minute rédigée par Frédérique Doucet

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     Il a un prénom plein de promesses, Félix, mais malgré sa jeunesse, un passé déjà sombre. Orphelin, élevé par une grand-mère aimante dont la mort lui laisse un vide insondable, il part chercher fortune sous des cieux plus cléments. Existe-t-il vraiment, cet endroit meilleur, quand on est pauvre ? Il ne choisit pas le lieu où il se retrouve car, faute de billet, il saute du train pour échapper au contrôleur. Le voilà au milieu de nulle part, sans ressources.

        Bien malgré lui, Félix va être l’élément déclencheur d’une série d’événements dans laquelle sa bonne volonté, sa gentillesse et son désir de faire le bien vont être mis à mal.

          Le premier qui va l’aider aime (un peu trop) la bière et la boxe : un pauvre type qui lui propose de l’aider à entretenir ses arbres fruitiers. Il a une femme, qu’il maltraite, et un enfant, dont il ne sait pas s’occuper. Félix s’acquitte avec conscience et en silence des travaux de la ferme. Petit à petit il se rapproche de l’enfant, Changuito, et se prend d’affection pour lui. La jeune femme, dépressive, seule et malheureuse, se repose de plus en plus sur lui pour s’occuper du bébé. Elle abdique de sa responsabilité de mère puis disparaît, laissant un mari saoul, violent et désemparé la chercher partout.

            Félix se sent alors investi d’une mission. Il sait que le père biologique n’est pas en état de s’occuper de Changuito, c’est donc lui, qui se considère comme son père symbolique, qui va en prendre soin. Cet enfant donne un sens à sa vie. Il comble sa solitude, son désir d’amour et de protection. Il lui a juré de ne jamais le laisser tomber. Il l’emmène à la grande ville. Tout va bien tant que l’argent, dérobé à la ferme, dure. Lorsqu’on le lui vole, il est à la rue, contraint de mendier pour nourrir le garçonnet, de dormir sur les bancs avec un œil ouvert pour échapper à la police. Quand on est pauvre, tout est difficile. Comment trouver un travail avec un enfant sur les bras ? À qui le faire garder quand on ne connaît personne ? À qui confier son histoire quand on est dans une situation aussi illégale que la sienne ?

            Quand un pauvre tend la main à un autre pauvre, ce sont deux situations précaires qui se solidarisent : pas forcément la solution de tous les problèmes. Félix a-t-il le choix ? Il faut au moins que Changuito ait de quoi manger, c’est sa seule préoccupation. Dans le bidonville où le conduit son nouvel ami, la jeune sœur de ce dernier s’occupe gentiment du bébé. Le courant semble bien passer entre eux. Félix peut se reposer sur elle, du moins provisoirement. C’est ce qu’il croit.

            Il marche sans le savoir vers une fin tragique et stupide, qui privera à jamais Changuito de sa filiation.

            El Cielito est un film taiseux complexe et pessimiste. Il montre le poids de la pauvreté qui emprisonne les êtres de bonne volonté dans une fatalité qui pervertit le bien, comme pour paver l’enfer de bonnes intentions.

 María Victoria Menis, El Cielito, film argentin 2004 disponible en DVD.

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