Ma vie de Courgette : un film d’animation qui fait du bien

Minute rédigée par Frédérique Doucet

indexhgfhfg    À plat ventre dans sa chambre jonchée de crayons de couleur et de canettes de bière, un petit garçon est concentré sur son travail. Il met la dernière main à un magnifique cerf-volant à l’effigie de Superman. Ensuite, il descend discrètement de son repaire et jette un œil dans la salle à manger. On aperçoit alors une grosse femme, vautrée sur un fauteuil devant la télé, buvant bière sur bière en jetant les boîtes dans l’appartement. La situation initiale s’éclaire un peu pour le spectateur.

            L’enfant regagne sa chambre, qu’un escalier et une trappe séparent du reste des pièces. Il termine sa pyramide de canettes avec celle qu’il vient de récupérer… Quand un coup de vent fait s’effondrer son œuvre dans l’escalier. Il entend alors sa mère vociférer contre lui : « Courgette, tu viens ou je monte ? ». Elle commence à monter avec des intentions belliqueuses. Pris de panique, Courgette referme brutalement la trappe.

            Nous le retrouvons ensuite devant un policier à l’allure débonnaire, qui l’interroge. « As-tu un père ? » Courgette montre alors le cerf-volant Superman : c’est lui, mais il s’est envolé ! Sur l’envers, il a dessiné une poule. Devant l’étonnement de l’officier, il explique : « maman disait toujours qu’il aimait trop les poules ». Il conserve aussi une canette de bière, en souvenir de sa mère.

            Le policier, qui a compris bien des choses, le conduit dans un foyer où Courgette va rencontrer d’autres enfants de son âge que la vie a malmenés. Simon est l’un d’entre eux. C’est le chef, le dur de la bande. Il sait tout sur tous les enfants et veut savoir à tout prix pourquoi Courgette est ici.

            Chaque enfant a vécu une tragédie et en porte les marques. L’un fait pipi au lit, une blondinette cache son visage sous ses cheveux, une troisième crie « maman » chaque fois qu’une voiture se gare près du foyer… Grâce à Simon, le spectateur sait tout ce qui leur est arrivé et peut ainsi les comprendre.

            Malgré la dureté de leurs histoires personnelles ils restent des enfants, avec leur langage et leurs préoccupations d’enfants, et le mélange de naïveté et de lucidité qui souvent les caractérise. Le foyer dans lequel ils sont se révèle être un véritable foyer : ils forment tous une famille, ils se soutiennent et passent de bons moments.

            L’arrivée de Camille, dont Courgette tombe amoureux, va bouleverser un moment l’équilibre entre les enfants mais finalement resserrer encore leurs liens, mettre à l’épreuve leur solidarité (ainsi que celle des adultes qui s’occupent d’eux) et permettre à Simon de jouer un rôle de premier plan …

            C’est certes un film d’animation, avec une esthétique un peu particulière, mais qui ne bêtifie pas, qui ne prend pas les enfants auxquels il s’adresse pour des idiots.

            Le ton est toujours juste, entre rire et larmes, sans misérabilisme, sans excès. Quelques mots, quelques images suffisent à faire comprendre, sans appuyer, l’état d’esprit ou la situation des protagonistes.

            Un film plein d’espoir, qui montre qu’il y a toujours une reconstruction possible d’un être (enfant ou adulte) quand l’amour et la solidarité l’accompagnent.

Claude Barras, Ma vie de Courgette , film d’animation suisse, Octobre 2016.

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