NN : rendre les morts aux vivants

Minute rédigée par Frédérique Doucet

           NN Le film s’ouvre sur ce qui semble être un grand champ de fouille en pleine Cordillère des Andes –mais, lorsqu’on s’approche, on découvre que ce ne sont pas des archéologues qui travaillent mais des anthropologues. Ce ne sont pas des ruines mais un charnier qu’ils viennent de mettre à jour. Un de ces nombreux charniers où gisent les disparus de « la violence politique », entendez les victimes du Sentier Lumineux (et peut-être aussi de leurs adversaires).

            L’exhumation des restes est la partie visible de ce travail de titan-fourmi. Ensuite il faut nettoyer et reconstituer chaque squelette, l’identifier à l’aide d’indices plus ou moins évidents (blessures anciennes, radios dentaires, vêtements…) et enfin, lorsqu’on connaît son identité, rendre le défunt à sa famille afin qu’il repose dignement et que ses proches puissent faire leur deuil.

            C’est ce thème difficile qu’aborde le film péruvien NN, sin identidad. NN no nombre, c’est la nomenclature sous laquelle on classe les personnes non identifiées. L’anthropologie légale est un travail ardu et pesant, et Fidel, qui dirige le service, ne peut dormir qu’à l’aide de comprimés. Il est taciturne et tendu vers ce seul but qui l’obsède : rendre les morts aux vivants.

            Mais dans la fosse, ce jour-là, au lieu des huit corps qui devraient s’y trouver, il y en a neuf. Le dernier est un homme. Il a encore sur lui un pull tricoté main et, dans sa poche, la photo d’une jeune fille, un peu floue. Fidel n’aura plus qu’une idée en tête : trouver qui est cet homme et quels sont ses liens avec la fille de la photo.

            Parallèlement, nous faisons connaissance avec Graciela. Depuis longtemps elle cherche son mari disparu. Chaque fois qu’elle apprend l’ouverture d’une nouvelle fosse, l’espoir de le retrouver enfin la saisit. Cette fois-ci, elle croit reconnaitre le pull mais ne sait pas qui est sur la photo.

            Dans le centre médico-légal où travaille Fidel, ce sont des milliers d’ossements qui sont dans des caisses, abandonnés, sortis de terre mais toujours sans sépultures, sans personne pour penser à eux. Pour l’anthropologue, cette situation est de plus en plus insupportable. L’homme à la photo va-t-il aller rejoindre ces oubliés ? Fidel ne peut l’envisager. Graciela cherche son mari, l’homme au pull n’a personne qui le réclame, il va donc les réunir.

            Peut-être cette vieille femme, sa quête maintenant terminée, pourra-t-elle recommencer à vivre ? Peut-être l’homme à la photo trouvera-t-il enfin le repos ? Après de tels bouleversements et de telles horreurs, l’identité réelle est bien secondaire ; et si Fidel a pu aider Graciela, c’est la seule chose qui compte pour lui.

Héctor Gálvez, NN, film péruvien, 2015

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