2666 : une expérience hors du commun

Minute rédigée par Frédérique Doucet 

 220px-2666NovelOuvrir 2666 de Roberto Bolaño, c’est d’abord se plonger dans une œuvre immense, ambitieuse et inachevée de près de 1 200 pages. Les cinq parties qui la composent sont, à première vue, complètement distinctes, mais en réalité, subtilement reliées entre elles.

Deux fils conducteurs nous guident. D’abord, l’histoire du mystérieux écrivain allemand Benno Von Archimboldi. On le découvre dans la première partie à travers ses critiques et fervents admirateurs, et on apprend sa biographie, compliquée et trouble, dans la dernière. Ensuite, le Mexique. La ville de Santa Teresa où se produisent des centaines d’assassinats de jeunes filles et de femmes (entre 12 et 35 ans environ) qui resteront, pour la plupart, classés mais irrésolus. Ce chapitre, le plus long du livre, est très éprouvant. Bolaño y passe en revue les différents crimes, froidement, comme dans un rapport de cette police inepte, corrompue, machiste, volontairement ou non inefficace, qu’il dénonce.

Le roman est foisonnant, plein de digressions, de mises en abîme. On a l’impression qu’il n’y a pas de lien entre les différents personnages et les histoires de chaque section, mais on se trompe. Tout converge toujours vers le Mexique, souvent de la façon la plus improbable.

On éprouve, en lisant cet ouvrage, des sentiments très divers. La peur, l’horreur et le dégoût, l’admiration et même l’amusement m’ont saisie tour à tour ou à la fois.

On est parfois dérouté mais jamais perdu, car Bolaño a une maîtrise parfaite de sa narration, il sait où il va et nous conduit de main de maître. Bien qu’inachevé, le roman ne nous laisse pas frustrés.

Pour ma part, je compte poursuivre l’aventure Bolaño et, peut-être, vous en faire part dans une nouvelle « minute ».

Roberto Bolaño, 2666, Barcelona, Anagrama, 2004.

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