Las Acacias, road movie ou huis clos?

Minute rédigée par Frédérique Doucet 

Le Acacias

La scène s’ouvre sur une forêt d’acacias que coupent des bûcherons. Quelqu’un, que l’on ne perçoit que par la fumée de sa cigarette, attend dans la cabine rouge de son camion pour les emporter.

   C’est le début d’un voyage qui nous entraîne du Paraguay jusqu’à Buenos Aires. Du paysage, on ne verra que des bribes à travers le pare-brise.  Ce n’est pas un road movie traditionnel. Ici, le voyage est intérieur.

   Rubén, c’est le nom du camionneur. La grande cicatrice qu’il porte dans le dos est tout un symbole. On ne sait rien de lui. On devine qu’il a souffert et s’est enfermé dans la solitude de sa cabine et dans son mutisme. Il roule et se tait.

Cet homme blessé va être amené à conduire une jeune femme, Jacinta, jusqu’à Buenos Aires.

   De cette dernière, on ne sait rien non plus. Elle voyage en camion par économie. On la voit, les yeux brillants ou pleurant discrètement quand elle pense qu’on ne la remarque pas. Elle dit que sa petite fille Anahí de cinq mois n’a pas de père.

   Confinés dans la cabine durant des kilomètres, ces deux personnages vont apprendre à se connaître et le bébé sera un trait d’union entre eux deux. Les acteurs sont époustouflants de naturel et de vérité. Les sentiments qu’ils éprouvent se lisent sur leurs visages comme dans un livre.

Après l’hostilité mutique du début, l’atmosphère se détend peu à peu entre Rubén et Jacinta. Le sourire de la petite Anahí éveille l’intérêt du camionneur qui s’humanise et retrouve la parole. De son côté, la jeune femme, de moins en moins défiante, le regarde différemment. Dans une courte et belle scène où elle doit descendre du camion, Rubén lui propose de garder la petite. Elle le regarde, dubitative, puis voit l’enfant qui sourit de tout cœur au camionneur. Rassurée, elle la lui confie.

   Au contact l’un de l’autre, ces deux êtres se réparent. Tout est subtil, rien n’est appuyé laissant deviner le processus intérieur qui conduira à une fin en suspend, mais pleine d’espoir.

Pablo Giorgelli, Las Acacias, film argentin Caméra d’Or à Cannes 2011.

Disponible en DVD

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