Pourquoi changer ?


Minute rédigée par Frédérique Doucet

  Ce film est une plongée dans un univers dont beaucoup d’entre nous connaissent le nom, mais peu son exact fonctionnement : Emmaüs. Tourné à Pau dans un de ces brics à bracs  fondés par le célèbre Abbé Pierre, il nous permet de découvrir les rouages de cette œuvre où la récupération (des objets mais aussi des personnes) passe par le travail.

Anciens taulards, SDF sans avenir, petits délinquants et paumés de toutes sortes, hommes et femmes, reconstituent ici une famille et tentent de se réinsérer. Ils exercent leur ancienne profession, en apprennent une nouvelle si nécessaire et, grâce à la solidarité, retrouvent confiance petit à petit.

Monique dirige tout ce petit monde de ses conseils avisés. Tout se passe bien, jusqu’à l’arrivée de son frère cadet : Jacques. Beau gosse, ambitieux mais paresseux, il n’a qu’un rêve : devenir millionnaire. Depuis des années, il attend l’idée géniale qui lui permettra de le réaliser. Dans cette fourmilière où tout le monde s’active à accomplir sa tâche, cet oisif professionnel a du mal à s’adapter.

C’est de l’observation de ces travailleurs que naîtra son idée lumineuse : la chirurgie esthétique low coastpour les pauvres. En effet, si ces gens ne peuvent aspirer à un travail meilleur, à une place plus avantageuse dans la société, c’est que leur physique les désavantage. S’ils étaient beaux, cela changerait tout. Mais, comme ils ne sont pas riches, il faut leur fournir un service sur mesure. Jacques le leur pourvoira grâce à sa nouvelle entreprise (qui donne son titre au film) : I Feel Good.

Je ne divulgue pas, bien sûr, toutes les péripéties qui accompagnent cette aventure, non plus que le dénouement, plutôt inattendu. Cependant, je voudrais évoquer le malaise que j’ai ressenti quant à l’interprétation à donner au film.

Dans le panier « positif » de la balance, je mettrai le bel hommage rendu à l’Abbé Pierre et à son œuvre qui, maintenant, fait partie intégrante de notre société. L’éloge du travail, même si c’est une valeur parfois décriée, me semble pertinent. Sans vrai travail, personne, quel que soit son talent, ne concrétise solidement ses ambitions.

Dans le plateau des « bémols », il me semble que, sous des apparences qui paraissent plaisantes, des valeurs très conservatrices sont mobilisées. À partir de constatations telles que « la vraie beauté n’est pas dans le physique, elle est intérieure », on trouve normal que les pauvres se résignent, qu’ils n’aient comme issue que de travailler pour Emmaüs et ne cherchent pas à améliorer leur quotidien.

La morale de ce film semblerait donc être : apprends à te sentir bien à la place où tu es et n’aspire pas à autre chose, tu ne saurais l’atteindre.

C’est sage, sans doute, mais un peu déprimant !

I Feel Good, film français de Gustave Kervern et Benoit Delépine, sortie Août 2018

 

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