Coïncidence mortelle

indexgfMinute rédigée par Frédérique Doucet

Le cinéaste argentin Marcelo Piñeyro excelle à filmer le tragique. Ses personnages, souvent idéalistes, impliqués dans leur profession, plein d’amour pour leur prochain, vivants en somme, sont confrontés à des situations extrêmes où leur capacité de résistance est mise en jeu, puis dramatiquement brisée (voir Caballos salvajes, Kamchatka, El método).

Dans Cenizas del paraíso, le film commence par la fin : le « suicide » d’un juge unanimement respecté et le meurtre d’une jeune fille, Ana, dont s’accusent les trois fils du magistrat. Cette manière de commencer une narration n’est pas nouvelle. Toute l’habileté du cinéaste consiste à remonter les faits qui ont conduit à ce final dramatique.

Chaque protagoniste (les frères Nicolás, Pablo, Alejandro et Ana, la victime) a droit à une partie du film qui raconte son histoire. Les histoires des uns recoupent, complètent et éclairent celles des autres, permettant ainsi au spectateur de comprendre comment les événements se sont enchaînés.

Une famille unie et heureuse – celle du juge et de ses enfants –  va être détruite par une coïncidence mortelle : Alejandro, le fils le plus jeune, va tomber amoureux de la mauvaise personne : Ana. En effet, le père de celle-ci est un chef d’entreprise véreux. Craignant à la fois de perdre sa fille et de voir ses affaires louches révélées au grand jour, il ourdit un complot contre le fonctionnaire qui instruit son dossier   le père d’Alejandro !

La soif de pouvoir de cet homme d’affaires va anéantir cinq personnes, peut-être six, lui-même étant abattu par la mort de sa fille, victime indirecte de sa vindicte.

Du paradis, entrevu un moment, ne restent que des cendres, et la dernière scène du film est emblématique de la descente aux enfers que vivent les trois frères, autrefois si heureux. On les voit réunis dans un ascenseur qui s’enfonce, étage après étage, dans les tréfonds d’un immeuble, comme si la terre voulait les engloutir.

 

Marcelo Piñeyro, Cenizas del paraíso, film argentin, 1997.

Vous aimerez aussi...

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *