La marelle n’est pas qu’un jeu d’enfants !

RayuelaMinute rédigée Frédérique Doucet

Né à l’époque où la littérature était un grand terrain d’expérimentation, Rayuela, de Julio Cortázar, a souvent été présenté comme un livre difficile d’accès. Rien n’est moins vrai ! Car l’auteur ne prend pas le lecteur en otage de ses expériences littéraires. Au contraire. Il lui offre une perspective inédite en séparant son roman en deux parties : avoir deux livres en un.  En effet, il y a les chapitres indispensables (imprescindibles) et ceux qui ne le sont pas (prescindibles). Si on se lance dans les seconds (ce que j’ai vite abandonné), on passe d’un chapitre à l’autre (dans le désordre et en piochant dans les deux parties) en suivant les indications de l’auteur (ex : chapitre 2 puis chapitre 57, chapitre 15, etc.).  C’est sans doute ce qui explique le titre, Rayuela, puisqu’on s’y déplace comme dans le jeu d’enfants, de case en case.

L’ouvrage correspond, par ailleurs, à la définition d’un « classique » telle que l’a donnée l’écrivain anglais James Ellory lors d’une rencontre dans ma librairie de quartier : un livre qui laisse des impressions indélébiles, qui suscite des sentiments que l’on n’oubliera plus, qui nous marque quand bien même on ne saurait le résumer ou citer le nom de ses personnages. Ainsi, des scènes entières sont imprimées à jamais dans mon imagination. Des rues de Paris, dans la brume, à l’automne. Une salle de concert, presque vide, où nul ne se préoccupe de la prestation de l’artiste. Un appartement minuscule, confiné, que j’imagine laid mais pourtant confortable, où le personnage principal vit avec sa compagne et le bébé de celle-ci, se réunit avec de jeunes artistes désargentés, pour vivre la solitude à plusieurs. Puis il retourne en Argentine, son pays natal. La luminosité et les grands espaces remplacent la grisaille et la chambre de bonne. L’atmosphère devient un peu loufoque, à l’image de l’asile de fous que le héros rachète, avec des amis, pour le transformer en cirque et y vivre.

On se sent bien dans ce roman étrange, drôle, triste, marquant.

Un grand livre à découvrir et dans lequel il faut entrer d’un saut, sans appréhension ni culpabilité de ne pas tout lire, puisque l’auteur lui-même nous en donne la permission.

Julio Cortázar, Rayuela, Buenos Aires, Sudamericana, 1963.

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